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Ateliers de la coquille 7ème édition - n°2 - 20 octobre 2009

  Au plus vaillant

le retour d’Alfred

samedi 21 novembre 2009, par Alfred M


- “Où suis-je ? Je ne reconnais pas mon lit. Pourquoi ces rideaux qui m’isolent de tout, me coupent la vue ? Je suis fatigué, si fatigué. Je connais cette odeur , mélange de pourriture et d’éther. Un hôpital ! Bordel je suis à l’hôpital. M’enfin, qu’est-ce qui m’est arrivé ? Comment ai-je atterri ici ?”

Le rideau au pied du lit s’écarte doucement et une infirmière à bonnette blanche passe la tête pour observer le malade. Le voyant éveillé, elle entre en souriant.

- “Bonjour Mr Delsbals, je suis contente de vous voir réveillé. Vous nous avez fait une belle frayeur vous savez ?”

- “Bonjour mademoiselle. Que m’est-il arrivé ? Qu’est-ce que je fais ici ?”

- “Vous avez fait une attaque, mais vous allez mieux. Vous allez rester quelques jours en observation et si tout va bien, vous pourrez sortir bientôt. Ne vous agitez pas, je vais prévenir votre petite fille qui est là. Elle va être contente.”

L’infirmière sortit, laissant Marcel Delsbals à ses interrogations. Il ne se souvenait pas des circonstances de cette attaque. À vrai dire, il ne se souvenait pas non-plus avoir une famille et encore moins une petite fille.

Il se souvenait de son nom, de son âge, 76 ans et il se voyait dans sa jeunesse, mais plus il se rapprochait d’aujourd’hui, moins il se souvenait.

Une jeune fille souleva le rideau et entra. Elle semblait mi-heureuse, mi-penaude et portait un paquet enveloppé dans du papier.

- “Bonjour Papy” dit-elle doucement. “Je suis Hélène, ta petite fille.”

- “Bonjour mademoiselle. Je ne me souviens pas de vous. Je connais mon nom et mon âge, c’est tout” dit-il rudement.

“Je comprends. Il faut dire que nous ne nous connaissons pas depuis longtemps. En fait, nous nous sommes rencontrés hier pour la première fois.”

Marcel essaya de contenir son étonnement. Il lâcha :
- “Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Qui êtes-vous réellement ?”

Les yeux humides, la jeune fille rassemble son courage pour continuer. “Je m’appelle Hélène Delsbals. Hier, c’était le jour de mon mariage. En préparant les papiers pour la cérémonie, j’ai appris par le notaire que mon père avait lui-même un père…” “Ça c’est un scoop !”, la coupa Marcel.

Elle ne releva pas. “En fait, le notaire m’a appris que vous existiez et que vous étiez vivant. Jusque là, personne ne m’avait parlé de vous. Un besoin inexplicable m’a poussée à vous retrouver et à vous inviter à la cérémonie parce que vous êtes mon dernier parent vivant.”

“Allons bon !” commenta Marcel, troublé. “Et alors ? J’y ai assisté à cette noce ?”

- “Ben oui… C’est là où vous avez fait votre attaque. Tout se passait bien et au moment où le maire à lu l’identité de Paulo, enfin de Paul, mon fiancé, vous avez commencé à hurler, vous êtes devenu rouge, puis bleu et vous êtes tombé.”

- “Celle-là, elle est forte. Pourquoi j’aurais fait ça ? Qu’est-ce qu’il a dit le maire exactement ?” demanda Marcel, de plus en plus troublé.

- “La formule habituelle : “Nous allons procéder au mariage de Mr pal Roudoules, 28 ans, gardien de prison…”

À ces mots, le vieillard fit un bond dans son lit, comme à la suite d’une décharge électrique. Le souffle coupé, ses yeux se révulsèrent.

Affolée, Hélène appela l’infirmière qui entreprit aussitôt un massage cardiaque salvateur. Marcel revint à lui, toussant et crachant. Il avait retrouvé la mémoire.

Par flashes différents, il se vit à vingt ans, uniforme rayé et boulet au pied, traité comme une bête par les matons du bagne ; à cinquante ans, il était dans un camp polonais, humilié et déshumanisé par les traitements infligés par les SS. Il portait un numéro inscrit sur son habit de prisonnier. Ce même numéro tatoué, presque effacé, sur son avant-bras.

Toute sa vie, il avait souffert sous les coups et les injures de gardiens sadiques. Hélène l’avait retrouvé dans sa maison au fond de la forêt des Landes et, à la fin de sa vie, il avait accepté de revenir vers les hommes, pour un jour de fête, de joie et de bonheur. Pour un mariage dont le promis était maton…

Son sang n’avait fait qu’un tour.
- “Tenez, Papy, j’ai pensé que vous en auriez besoin ici et que ça vous ferait plaisir.” Hélène tendait le paquet qu’elle avait apporté. “Elle ne pouvait pas savoir” pensa Marcel, touché malgré lui. Il ouvrit le colis, empli de curiosité. Il déballa un pyjama, rayé.

Son cœur s’arrêta définitivement.

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