De notre envoyé spécial à Amsterdam
mercredi 2 avril 2008, par Alfred M
Red Light District, Amsterdam. Le quartier à la lumière rouge, autrement dit le quartier chaud le plus couru d’Europe, compte une nouvelle attraction. Au bord du canal principal, les célèbres vitrines où les prostituées présentent leurs charmes aux amateurs de sexe tarifé sont l’objet d’une attention particulière depuis qu’un ingénieux inventeur a commencé à installer, à la demande des occupantes, un système de production d’électricité pour le moins original.
Couplé au sommier de la belle de nuit, un générateur associé à une dynamo récupère l’énergie produite par les ressorts actionnés par l’activité des occupants du lit. Le courant ainsi produit est immédiatement utilisé pour alimenter la fameuse lampe rouge qui a pour fonction d’attirer les "papillons de nuit" comme l’on nomme ici les clients potentiels.
Les variations d’intensité lumineuse sont témoins des performances du couple en action et constituent ainsi une information intéressante pour un chaland indécis.
Le bruit court d’ores et déjà que certains nids d’amour à péage sont entièrement chauffés grâce à la maestria de l’occupante !
Par ailleurs, la pragmatique Société Néerlandaise d’Electricité aurait proposé des contrats pour racheter les watts excédentaires.
Seule ombre au tableau (électrique), certains clients particulièrement actifs et assidus se feraient tirer l’oreille au moment du traditionnel "petit cadeau", demandant une remise équivalente à un rapport courant/passe. Mais le problème devient rapidement cornélien, du fait que, comme au théâtre, on paie d’avance, d’où la difficulté d’établir le montant de l’éventuelle remise, sans compter les toujours possibles pannes…
Certains auraient ainsi opté pour un avoir sur une prochaine séance, excellent moyen de fidéliser la clientèle.
L’histoire ne dit pas si le concepteur de génie a l’intention de créer un réseau pour distribuer ses mini-centrales à coup de rein, tant il parait difficile aux maris intéressés de justifier auprès de leurs épouses d’une connaissance détaillée de ces systèmes qui n’existent, à ce jour, qu’au cœur de ce quartier que la morale réprouve.
À suivre
Georges LAMAISON-CLAUSE
"Durant toute ma petite enfance, j’ai été bercé par le grincement régulier du sommier sur lequel maman recevait ses clients.
Je suis un fils de pute. Mon couffin était posé derrière un paravent, dans la pénombre, et mes premiers mois ont été accompagnés par les allées et venues d’hommes souvent différents dont je n’entendais que les voix, les ahanements, les grognements, entrecoupés de quelques mots ou jurons, parfois.
Je suis né en hiver et j’ai souvent eu froid, dans mon couffin posé par terre. Mais j’ai toujours su que je devais me taire.
C’était dur aussi pour maman. Elle voulait m’allaiter et me réservait donc l’accès exclusif à ses seins généreux, au grand dam des clients qui réclamaient leur part en vain.
Jamais elle n’a cédé et j’ai avec délectation exercé mon droit de mamellage. Puis j’ai grandi et quitté mon berceau, perdu mon droit sur maman, reçu des devoirs à l’école. Mais le froid est inscrit jusqu’au fond de mes os tandis que mes oreilles résonnent de la plainte régulière des ressorts surmenés. Maman nous a quittés, trop tôt, bien sûr, mais elle n’en pouvait plus de s’oublier pour moi. Quelques amis entouraient son cercueil. J’avais rêvé d’un couvercle de verre, comme pour une Blanche-Neige au fond d’une vitrine. Avec une petite lumière rouge pour attirer les anges en trop-plein ou en mal de tendresse.
Un ami policier, son ami, mon quasi-père était là, éploré, fredonnant malgré lui la chanson de Roxane qu’une sono jouait en boucle et en sourdine. You don’t have to put on the red light, Roxane
Aujourd’hui, en souvenir d’elle et en hommage à ces femmes intemporelles qui s’offrent aux regards concupiscents des passants mal à l’aise, j’ai conçu un système créateur de confort pour lutter contre le froid du dehors. Hommage dérisoire, mais vrai désir d’enfant de réchauffer le cœur des hommes en mal de tendresse."
J’ai conçu la lumière rouge
En souvenir d’elle, fleur du bouge
Pulsions, luxure honteuse
Sperme, foutre, bandaisons hasardeuses
Que la lumière soit chaleurs animales
Que les peaux qui se frottent produisent l’étincelle
Le stupre s’écoule des lèvres flasques
Tant de fois fouaillées, soumises, défoncées
Le manège sans fin des membres affamés
Vainqueurs et triomphants ou vacillants, novices, hésitants
Accueillis au plus vite, exprimés de leur jus
Pantelants et hagards, suintant, à genoux
La poésie est noire dans les bas-fonds rougis
Le plaisir est amer, le cœur au bord des lèvres
Malgré lui, malgré elle, malgré tout