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   Des barrettes et des bébés

jeudi 1er novembre 2007, par Lilianne H

Mardi, ligne A. Fin de journée. Au départ de Mirail Université, les wagons sont pleins à exploser.

« Votre attention, s’il vous plait. Un bébé a été oublié dans une rame direction Basso Cambo. Vous êtes priés de le descendre sur le quai, des agents de sécurité le prendront en charge. »

Les passagers autour de moi remettent tout de suite leurs masques impassibles. Sauf ma petite voisine, une étudiante, dont la copine vient de descendre.

  Oublié ? mais comment ça ?

  Posez le donc sur le quai... pas mal ! si ce n’est pas le bon bébé !

  Comme la semaine dernière, une jeune femme a demandé à trois pompiers de lui garder la poussette pendant qu’elle allait aux toilettes. Elle n’est jamais revenue.

  Ici, à Toulouse ?

  Oui, mon copain connaît l’un des pompiers. Il lui a raconté.

On arrive à Jean Jaurès. Le signal sonore siffle la mêlée.

On est à Toulouse et monter/descendre aux arrêts pendant les heures de pointe reste très sportif. Pas question de laisser descendre d’abord. On pousse, un point c’est tout.

Je réussis à m’éjecter in extremis, pour constater que, le long du mur, face aux portes du wagon, sont alignés quatre guerriers, bottés, camouflés, jambes écartées, fusils mitrailleurs barrant l’estomac.

Je retrouve ma mignonne étudiante dans l’escalator.

  de quelle couleur était le béret ? vert, rouge, marine ? demande-t-elle.

  pas vus les bérets ! j’ai bloqué sur les fusils, si près de moi. Impression de baïonnette, soudain. C’est la guerre ? ou c’est pour le bébé ??

  c’est à cause des barrettes, je n’ai pas vu si elles sont dans ce sens là – et elle dessine dans l’air un trait vertical – ou pas. Ma mère m’a dit qu’il faut regarder le sens. Mais je ne me rappelle pas quel est le bon !

  ça alors ! maman est connaisseuse ! Dire que j’arrive à mon âge sans avoir la moindre idée ni sur les barrettes, ni sur la couleur des bérets...

On éclate de rire toutes les deux. Je lui souhaite bonne chance avec les uniformes. Nos routes se séparent, mais on s’adresse en même temps la petite mimique qui signifie « dommage ! »

J’aimerais beaucoup avoir une fille.

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