L’histoire de Fernand
vendredi 31 août 2007
Longtemps, elle avait regardé les allers et venues de cet homme, elle avait remarqué l’usure du sol entre sa maison et la remise à charbon. Elle découvrit ce matin d’avril 1944 la condamnation de Fernand son voisin dans le journal. Elle regardait à nouveau par sa fenêtre ce cadre, ce lieu vide à présent. Leur relation avait toujours été distante. Elle s’en voulait tout de même de ne pas l’avoir aidé un jour où un de ses sacs semblait vraiment très lourd.
Ce n’est que le lendemain qu’elle croisa François, un ami de voisinage. Celui-ci qui s’empressa de lui reparler de la tempête de la nuit dernière, son hésitation à se lever pour arrêter le volet de chez Fernand qui claquait sans arrêt. Elle se souvint également de ce détail. Elle proposa à François de s’asseoir, sans doute sa présence allait l’apaiser quelque peu. La page du journal de la veille était restée ouverte sur la nouvelle locale, elle la recouvrait de ses bras avant de se lever pour lui servir un café.
Il lui revint en mémoire une phrase qu’elle s’était dîtes un jour : Blanc sur blanc, que diable faisait-il sur cette piste noire ? Elle contenait son désir de lâcher la nouvelle à François visiblement pas encore au courant. Non, vraiment elle lui en parlerait plus tard. Des souvenirs de neige et de matins brumeux obstruaient les propos de François plus intéressé par l’arôme du café. Elle se leva, chercha la boîte d’allumettes pour la bougie sur la table, le chat ronronnait aux pieds de François.
François était sur le point de partir et tout en se retournant, il sortit de sa poche un morceau de savon bleu et le tendant sous les yeux de Marie il lui dit : J’ai trouvé cela devant la porte de Fernand, regarde c’est curieux ce morceau de savon n’a pas d’odeur. Marie le prit dans ses mains et à son contact elle ressentit un long frisson dans son dos. Elle essaya tant bien que mal de dissimuler ce qu’elle venait de ressentir et ne souhaita pas le porter à son nez. Pour elle les choses allaient trop vite. Elle redonna l’étrange objet à François en disant : As-tu lu dans le journal la condamnation de Fernand ? Tu sais, je ne peux rien te dire pour le moment. François perplexe s’empressa de lire l’article avant de repartir.
Ce n’est que quelques jours plus tard que Marie aperçue des gendarmes opérant des relevés devant la maison de Fernand, précisant sans doute leur investigation dans cette affaire. Marie poussa sa porte et se laissa aller vers l’un d’eux. Après quelques mots échangés, elle raconta l’épisode du savon et ce qu’elle avait ressenti. Le gendarme demanda s’il était possible d’avoir cet objet pour le moins curieux. Ce fut chose faîte par le biais de François qui l’avait gardé. Ils apprirent, dans les jours qui suivirent, que ce fameux savon inodore contenait le message suivant : Le poignard était rouge de sang et pour lui et pour nous cela signifiait la liberté.
Denis Desailly