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  Vacances 68

Une migration

jeudi 25 janvier 2007, par Marc B


- Dis maman, c’est quoi cette photo ?
- Ça, c’est une photo de nos premières vacances. papi prend la photo, c’est pour ça qu’il n’y est pas.
- Tes premières vacances ? Mais t’avais quel âge ?
- J’avais 6 ans.
- Et il n’y avait pas de vacances avant ?
- Si, l’école fermait mais on restait l’été chez nous. On partait pas.
- C’était quand ?
- 1968, août 1968. Je n’oublierais pas l’année. Au printemps 68, toute l’usine était en grève, sauf les cols blancs, deux - trois contremaîtres, et mon père, ton papi.
- Il était pour le patron papi ?
- Ni pour le patron, ni contre ses compagnons. Mais tu sais papi, la lutte des classes, ça lui passait au dessus. Avant toute chose, il était chef de famille, responsable de son clan. Il nous avait promis des vacances, et une promesse, c’était sacré pour lui. Il avait bossé dur. Il s’était renseigné sur les prix des campings. Il avait demandé au curé d’écrire à tous les campings. Le curé avait refusé, ça faisait trop. Mais il lui avait fait une lettre type. alors, le soir, il recopiait sans comprendre ce qu’il écrivait (ça, il ne te l’avouera jamais, il te dira juste qu’il avait des problèmes d’orthographe). Et quand les réponses arrivaient, il les faisait lire par un voisin, par l’épicier. Et il faisait ses comptes. il ne savait ni lire ni écrire le français, mais il savait compter. Il regardait les prix du train, les prix des cars. Et il comptait. Et il nous racontait les vacances à venir à la mer. Alors quand le poêle s’est fendu au début de l’hiver 67, quand il a fallu puiser dans la cagnotte vacances pour un racheter un, ça lui a fait un choc. Tu sais, je crois qu’il a pleuré ce soir-là. Je ne me souviens pas bien et je n’ai jamais osé lui en parler. Mais j’en suis presque sûre. A partir de là, il a fait la chasse aux heures sup, aux primes de rendements. Alors t’imagine, faire grève, perdre des jours de salaire. Non, c’était pas envisageable pour lui. Et tu sais, à l’école, être fille d’un non gréviste, c’était pas facile. Mais il nous disait : « Vous verrez, au bord de la mer, vous oublierez tout. » et il avait raison. La sable n’a jamais été aussi doux, les vagues aussi hautes, la mer aussi bleue que cet été 68. Aucune autre vacance n’a été pareille. Jamais. Les Antilles, les Canaries, rien n’est comparable aux vacances que papa nous a offert cet été là.

note : j’ai mangé la consigne (ndlanimatrice ; pas vraiment)

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