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  L’arbre qui pèle

par Catherine

vendredi 27 octobre 2006, par Catherine Manuel-Lamarque

C’est l’histoire de l’arbre qui pèle. Vivant à gauche, mort à droite, à moins que ce soit le contraire, vivant à droite, mort à gauche. Mais tout ceci n’a guère d’importance pour l’arbre qui pèle et se tient fier près de la rivière qui chante, loin là-bas entre la Chine et la Sibèrie. C’est un arbre courageux qui s’entoure d’épaisses écorces pour affronter les hivers infâmes et redoutables.

Là, face au froid immense il résiste et offre sa partie morte aux pauvres fous, hommes ou bêtes sans abri qui osent l’horreur de la saison sombre. Doucement au fil des ans, une moitié de lui s’est couchée en courbes harmonieuses jusqu’au sol, juste à la bonne hauteur afin de permettre la confection d’un âtre de bonne fortune. Son autre moitié tend ses cimes aux vents violents et résiste autant.

Au printemps, il renaît d’un peu de soleil, d’eau et de terre, il bourgeonne à nouveau, altier et tendu vers l’azur. Les enfants l’aiment car il se laisse gratter et éplucher l’écorce. Ils y découvrent un cinéma de bois tendre. Là, une oie s’envole vers le Sud, là, un masque africain apparaît à l’issu d’un geste vif, il semble vouloir parler, donner le message secret de l’arbre mais les enfants s’en foutent, vite, ils le jettent et arrachent de nouvelles couches d’écorces. Là, un livre aux pages épaisses d’un blanc laiteux et tendre, là un lapin étonné… à ces moments là, l’arbre qui pèle est jeu.

Pour Baarsa, il est tam-tam des vallées, briseur de silence, il fait taire les corbeaux et ce n’est pas rien. Pour Jaana, il est papier Arche à aquarelle et après trois coup de pinceaux, il éclate de joie et de couleurs.

L’arbre qui pèle aime la compagnie. Rien ne lui fait plus plaisir qu’un urga planté à son pied signalant un couple en pleine tendresse. Ours, marmottes, hommes sont les bienvenus, couchés contre son tronc, il ne peut rien leur arriver de facheux. On raconte même que les touristes égarés qui tatent sa pulpe fraiche et douce, oublient la turpitude des villes.

L’arbre qui pèle pousse sa sève et les oiseaux piaillent sur ses branches feuillus concurençant sérieusement la rivière voisine. Après avoir fait l’aumône de son épaisse écorce d’hiver, l’arbre se met nu pour l’été avant de se couvrir d’un fin parchemin blanc, pudique. Puis tout recommencera, son écorce s’épaissira à nouveau dès la fin des beaux jours. Ainsi va la vie du l’arbre qui pèle en Mongolie. N’hésitez pas à le caresser quand vous le verrez, il adore ça.

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