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  Les mots en l’air III

jeudi 12 octobre 2006

Un ronflement sonore sous le magnolia - Fourbue la gazelle aux yeux d’amande à moins que trop ivre, peut-être les exhalaisons puissantes de la terre rouge d’Afrique l’ont-elles étourdies, poussière d’or dansant sous ses paupières aux longs cils - Avant de s’égarer dans le dédale des palétuviers, labyrinthe de lianes aux reflets vernis, scarabées aux cuirasses lilas, elles avaient rêvé de partir.

Partir, oui, s’égarer dans ce paysage chromatique, loin de la sécheresse. Pleine de lassitude, elle se laissa glisser dans ses songes. Des impressions de cœurs l’assaillaient de toute part. Le cœur fatigué de tant de course à travers les cactus pour échappera ses prédateurs. La soif l’étreint soudain qui fit naître dans son imaginaire des cascades d’eau fraîche et sonore à la place de cette eau stagnante.

Des mains l’empoignent, des aides-soignantes la couchent dans un œuf de Pâques en chocolat. C’est son petit frère qui fait éclore l’œuf en chantant une chanson d’amitié entendue à la radio. Elle est transformée en poupée. L’enfant la pose sur son bureau, prend sa gamme chromatique et démarre sa composition, le volume poussé le plus fort possible. Sa voix éclate de joie en écoutant ses idoles chanter sous les palétuviers. Les yeux clos, elle savoure chaque note comme du saucisson « Bing ! Bing ! ». la chaleur de son frère se répand dans la pièce. Son frère joue corps à corps.

Elle a si soif d’amitié, de ses mains éclosent des caresses en attente. Son corps bouge, sa tête tourne, la sueur dégouline. Stop, elle court vers le port. Au bout du quai, le bateau de plaisance de son petit-frère l’attend, flottant doucement.

Bing ! Et encore bing ! Elle est étourdie par tant de connivence. Elle se mit à chanter comme on éclate de joie, à frapper dans ses mains au rythme des tam-tam de son pays natal. Le bateau est là qui attendait patiemment le retour de l’enfant prodigue. Elle s’y engouffre avec fièvre, avec ferveur. Largue les amarres, hisse les voiles. Ce sont elles à présent qui la porteront vers la terre promise. Allongée sur le pont, perdue dans ses songes, elle se laisse caresser par la fraîcheur d’une houle bienveillante. Elle fredonne une chanson :

baya aya baoumbé, néné yamango nanaoundé, baya aya baoumbé… Les parfums du désert lavés de brise océane viennent lui chatouiller les narines, tandis que le ciel étoilé s’ordonnent de milliards d’histoires à lire et à conter, à écrire et à rêver.

Audrey Houlet, Sylvie Dhotel, Sylvie Ortig, Catherine Manuel, Béatrice George

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