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  Ecrire, c’est se raconter sous mille formes

Gustave Flaubert : "J’aimerais écrire sur rien, sans attache extérieure."

mercredi 4 octobre 2006, par Catherine Manuel-Lamarque

Ecrire, c’est fuir le vouloir, l’idée, c’est voir d’où on est

Aussi étrange que cela puisse paraître, notre personnalité, ce que nous pensons ou croyons être, est maintenue par une histoire que nous nous racontons à nous-mêmes et que nous racontons aux autres. Le neurologue Oliver Sacks a présenté cette idée en discutant avec un de ces patients : "Chacun de nous est une biographie, une histoire. Chacun de nous est une narration singulière, qui est construite continuellement, inconsciemment par nos perceptions, nos sensations, nos pensées, nos actions et aussi notre discours, nos paroles. Un homme a besoin d’une narration intérieure continue pour maintenir son identité, son Soi."

"C’est l’histoire de ma vie", disons-nous quand nous manquons un avion ou quand nous vivons quelque chose que nous considérons comme typique. La plupart d’entre nous, nous parlons chaque jour à nous-mêmes de ce qui va se passer, de ce qui est important pour nous et de qui nous sommes. Nous entretenons soigneusement un dialogue intérieur.

Nous créons une narration continuelle à partir de nos expériences bonnes ou mauvaises pour leur donner du sens et pour avoir un Soi qui fait sens à nos yeux. Nous vivons, des histoires. Notre biographie se reflète dans notre corps et dans notre écriture. Physiquement, nous sommes une métaphore qui marche, nous vivons une histoire à laquelle tout notre corps croit.

Nos autobiographies sont des histoires choisies, même si le choix est inconscient. Si quelqu’un vous pose une question à propos d’une cicatrice sur votre corps, vous lui raconterez vraisemblablement comment cela vous est arrivé. Peut-être avez-vous remarqué que l’histoire a changé au fil des ans.

La véracité de nos histoires n’est pas seulement dans ce que nous avons vécu à l’origine ; elle est aussi dans ce que devient notre expérience quand nous les racontons à nouveau. Nous faisons de nous-mêmes une sorte de mythe en réinventant le passé chaque jour et en créant notre réalité dans ce que nous choisissons de nous souvenir, de raconter ou d’écrire.

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